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En réponse à l'appel des pouvoirs publics pour réduire la facture des importations, dans le secteur agroalimentaire notamment, des experts dans cette filière proposent des matières premières fabriquées localement comme produits de substitution. Une alternative qu’ils jugent nécessaire et à laquelle ils ont fait référence lors d'une rencontre, dans la soirée de mercredi à l'hôtel Sofitel. Ils ont évoqué ainsi la possibilité d'utiliser la poudre de caroube comme substitut au cacao. Un produit que les usines de biscuiterie, de chocolaterie, de laiterie et de glaces industrielles importent en grande quantité chaque année. D’après leurs estimations, on importe annuellement entre 12 000 et 15 000 tonnes contre 7000 tonnes il y a cinq ans, soit pour une valeur de 04 à 05 millions de dollars. L'entreprise Boublenza, justement, qui produit et exporte la poudre de caroube, se dit prête à répondre aux besoins du marché pour réduire les importations du cacao. «Il faut savoir que, dans cinq ans, la production du cacao va considérablement baisser en raison du réchauffement climatique et les prix vont flamber. La poudre de caroube est d’ores et déjà suggérée comme un produit de substitution. Car non seulement ce produit, sucré naturellement, peut remplacer le cacao sinon le réduire mais en plus, il contribue à diminuer aussi l’utilisation du sucre», indique le général manager de cette entreprise, Chakib Boublenza. Il précisera, par ailleurs, que le cacao, étant côté en bourse, il n'est pas stable en prix et en disponibilité alors que la poudre de caroube n'est pas soumise à ce types d'aléas. Cette poudre se rapproche, soutient-il,  non seulement du cacao en terme de goût mais de plus, elle ne contient pas d'excitants,  de sodium et est riche en fibres alimentaires. «Nous fabriquons du caroube bio à 100% et cette poudre peut remplacer d’autres produits que le cacao dans l’industrie agroalimentaires. Des industriels peuvent arrêter carrément l’importation du cacao et le remplacer par cette poudre à 100%», explique le général manager de cette entreprise, première exportatrice en Algérie et deuxième en poudre de caroube dans le monde. Les industries, pour leurs parts,  présents à cette rencontre, se disent très intéressés par cette poudre de caroube  à condition que leur fournisseur les assiste en matière de technicité. «Economiquement parlant, la poudre de caroube est intéressante, mais il faut la faire connaitre aux artisans de chocolat, leur montrer comment l’additionner dans leurs recettes ou dans la composition du chocolat. On peut utiliser cette poudre et ajouter des additifs alimentaires au gout de chocolat par exemple, sans utiliser le cacao. Ce qui nous permet de réduire nos importations en cette matière et nous faire éviter bien des tracasseries douanières !», estime le représentant de la chocolaterie, Chocomi, Brahim Doudou. Le directeur recherche et développement de l’entreprise de laiterie, Condia, Zoubir Benmouhoub, estime également que cette poudre de caroube pourrait être une aubaine pour remplacer les milliers de tonnes de cacao que cette société importe chaque année. « Seulement, il y a l’aspect technique qu’il faudra prendre en considération. Le goût de Condia choco est bien connu de la part des consommateurs. Si on peut substituer partiellement ou totalement le cacao par la poudre de caroube sans que cela n’affecte le goût de notre produit, nous ne pouvons qu’être intéressés. Il faudra aussi  être sûrs  que cette poudre est régulière en terme de qualité et  est disponible dans la durée», souligne-t-il. Interpellée sur cette question, l’entreprise Boublenza assure la poudre de caroube ne pose pas de problème ni en qualité ni en disponibilité. «Les industriels ne risquent pas d'être soumis à une rupture de stock en cette matière. Le caroubier algérien est de première qualité même si l'Algérie est classée 15e productrice dans le monde», relève le secrétaire général de l'entreprise, Djamil Benosman. Le général manager de cette entreprise, a déploré, toutefois, que la production des gousses de caroube ait considérablement baissé, passant de 32000 tonnes en 1962 à 10 000 tonnes aujourd'hui.  «Cela nous a incité à lancer un projet de plantation d’arbres de caroube, en collaboration avec la direction des forêts. Nous avons commencé par lancer la plantation de 100 hectares et nous espérons atteindre 5000 hectares à l’horizon 2023. Cette production va créer de la valeur ajoutée et des postes d’emplois», conclut-il.

Farida Belkhiri